Le naufrage du "Tamaris"


MIS EN LIGNE LE 13 novembre 2012

Le naufrage du Tamaris

Le 28 novembre 1886, le trois-mâts barque Tamaris, que commande le capitaine Majou, appareille de Bordeaux pour la Nouvelle Calédonie. Trois mois et demi plus tard, le voilier affronte une mer très forte après avoir contourné l’île de Tristan de Cunha, la navigation est difficile et la position du navire très peu précise. Et dans la nuit du 8 au 9 mars 1887, le voilier, qui gouverne mal dans une mer déchainée, heurte un récif à 3 nautiques dans le sud-ouest de l’île des Pingouins dans l’archipel de Crozet et coule en moins de trois heures.




Le voilier, un clipper à coque en fer de 470 tonnes, a été construit par la Société Nouvelle des Forges et Chantiers de la Méditerranée à La Seyne s./Mer pour la compagnie de navigation Deville à Marseille. Lancé en 1867, il navigue d’abord vers l’Inde et l’Indochine, puis l’Amérique du Nord. Il est racheté par la compagnie A.D. Bordes de Bordeaux en décembre 1880 au profit de laquelle il effectue plusieurs voyages vers le Chili qui exportait du nitrate de soude.

Le capitaine Majou et 12 rescapés ont réussi à mettre à l’eau la grande chaloupe et à y embarquer de l’eau, des vivres et quelques outils. L’île aux Pingouins ayant la réputation d’être une terre inhospitalière, les naufragés décident de mettre le cap sur l’île aux Cochons, distante d’une vingtaine de nautiques, d’autant que Majou sait que les phoquiers américains du navire Comus y entretiennent un dépôt de vivres et de matériels de secours. La chaloupe parvient enfin à destination le 11 mars, il lui a fallu plus de 24 heures pour parcourir les 20 nautiques.

Les naufragés s’organisent dans des conditions de survie acceptables, même si après quelques semaines il faut remplacer biscuits de mer, viande et poisson séchés par de la viande de phoque et des œufs de pingouins. Ils complètent leur vêtements en utilisant de la peau d’otarie et se chauffent avec de la tourbe.

Peu à peu cependant le doute s’installe dans l’esprit des survivants qui n’aperçoivent aucune voile à l’horizon. Le capitaine Majou décide alors de rejoindre la plus grande île de l’archipel, l’île de la Possession, estimant que les chances de passage d’un navire y sont plus grandes.

Avant de quitter l’île des Cochons, le novice du bord, Jean-Yves Le Guen qui a dix-huit ans, attrape un jeune albatros et lui fixe au cou une plaque de tôle portant l’inscription : « Treize naufragés français aux Crozets, le 4 août ».

Un mois et demi plus tard, le 22 septembre, sur une plage de Perth en Australie, des promeneurs découvrent l’albatros épuisé. L’oiseau a parcouru 6.500 km en 6 semaines !

Le consul de France est immédiatement prévenu et le 18 novembre, l’aviso-transport « Meurthe » de la Marine nationale, basé à Madagascar et commandé par le capitaine de frégate Richard-Foy, appareille de Sainte-Marie. Sa mission est d’explorer l’archipel de Crozet et d’y localiser d’éventuels naufragés, dont on soupçonne qu’il s’agit de l’équipage du Tamaris dont on est sans nouvelle. L’aviso devra attendre le 1er décembre pour pouvoir envoyer un canot à terre sur l’île aux Cochons, en raison des conditions météorologiques.

Le journal de bord de Majou est trouvé où il fait état à la date du 30 septembre de son intention de rallier l’île de la Possession. Les jours suivants, la Meurthe va visiter La Possession, l’île de l’Est et aussi les Apôtres au nord des Cochons, sans succès. Le navire abandonne les recherches le 16 décembre.

Le commandant et l’équipage du Tamaris sont perdus à tout jamais !